En cette fin d’année 2010, beaucoup de choses seraient à dire sur ce que nous avons accompli, mais je voudrais plus me focaliser sur l’avenir et sur notre volonté de faire mieux. Noël, puis les bonnes résolutions de l’année suivante sont toujours un moment propice pour se mettre à rêver de ce que l’on voudrait comme vie, des choses qu’on voudrait changer à coup de volonté qui jusque là nous aurait manqué.
2010 fut l’année du réveil. Si les premières années d’une entreprise sont souvent synonymes de survie, avec un peu de réussite on commence rapidement à penser à l’avenir plutôt que de se focaliser désespérément sur le présent. Malgré la crise, OpenTekhnia ne s’en sort pas trop mal, mais surtout nous, je, avons pris conscience de la nécessité de revenir à des valeurs plus importantes que l’argent, la richesse, la croissance.
2010 fut l’année où nous découvrîmes plus que jamais ce que nous savions au fond déjà: nous vivons en permanence sur le fil du rasoir, dans une société où, malgré la civilisation et le progrès, les institutions et les lois, les plus agressifs, les moins regardants, les plus insouciants du sort commun réussissent bien plus que la morale, le bon sens ou le sentiment de justice le voudraient.
Un ex-ministre nous dit qu’il a aidé à l’obtention de la légion d’honneur pour un soi-disant inconnu, dénoué en tout cas de tout mérite, uniquement parce que c’était là la pratique courante des gens du pouvoir. Il n’y voit aucune honte, et seule une partie de la société trouve cela misérable. En même temps on apprend qu’une entreprise du CAC 40 sur quatre ne paye pas ses impôts en jouant sur la loi, que la moyenne de l’impôt sur les sociétés de ces géants est de 8% (22% pour les PME) et ce fait ne constitue même pas un scandale. On apprend que les grandes sociétés comme Bouygues fondent leur richesse en partie sur la corruption de dirigeants dont les mains sont pleines de sang dans leurs pays respectifs, qu’un ministre de l’intérieur français peut être condamné deux fois devant la justice tout en restant ministre, qu’il peut défendre publiquement des policiers rendus coupables des pires délits, que les banquiers et deux ministres ont besoin de traiter Cantona de fou pour vaincre leur peur de perdre ce qu’ils ont sur un coup de tête du peuple, que le pouvoir en France n’hésite plus à user publiquement de ses prérogatives pour installer ses vassaux aux postes clé du pays… On apprend en somme qu’il ne faut pas aller trop loin pour trouver de la corruption, fusse-t-elle plus subtile, et que la seule tendance qui se dégage c’est que de plus en plus l’agressivité paye.
On a le choix. Rester les bras croisés, voire s’adapter au système en devenant ce qu’on abhorre, ou tenter de faire quelque chose. Refuser la médiocrité et la défense immédiate de son confort est déjà un bon début. Tenter de soutenir les courants de la société progressistes et idéalistes, c’est encore mieux. Certes, entre illuminés et naïfs, difficile de trouver son bonheur. Mais pourquoi ne pas rêver ?
OpenTekhnia se veut, sans hypocrisie et de manière réaliste, une entreprise militante. L’argent, la consommation sont les valeurs absolues d’aujourd’hui. Lutter, c’est prendre le système à revers. Nous n’allons pas nous isoler, au contraire. Mais chaque sou gagné servira – qu’en partie, reconnaissons-le – à faire avancer des idées.
Le projet गृह gṛha fait partie des ces actions. Le retour aux sources, pas au sens conservateur, mais au sens de la volonté de faire progresser notre communauté (humaine), sera notre guide en 2011. En sanskrit गृह gṛha veut dire, entre autres, maison. Le sanskrit, cette langue un peu artificielle mais aussi apparentée à l’origine des langues indo-européennes, nous sert de logoscript. Le projet a pour but de faire de OpenTekhnia une entreprise de conception totalement nouvelle, avec un fonctionnement innovant, adapté au monde dans lequel on vit, aux contraintes d’une écologie modérée et clairvoyante, mais aussi aux désirs des employés d’aujourd’hui. Ce projet commencera par une maison, car depuis que l’Homme a cessé d’être nomade (du moins pour une majorité d’entre nous), la maison est notre premier repère, aussi bien que notre bulle. En 2011, OpenTekhnia lancera donc un concours ouvert en premier lieu aux étudiants en architecture et qui a pour thème la réalisation de la maison-bureau idéale.
L’informatique permet aujourd’hui, en effet, d’imaginer un fonctionnement basé sur le télétravail, voir la télé-présence, ce qui permet à chacun de construire une vie autour de son travail, mais aussi autour de fondamentaux comme la vie privée, le temps libre nécessaire au repos et à l’acquisition de la culture et du savoir qui font de nous des hommes et des femmes citoyens.
Le temps est le plus grand luxe. OpenTekhnia voudrait offrir ce temps à ses collaborateurs, qu’il s’agisse de sous-traitants ou d’employés. La réflexion portera donc sur comment garder une vie sociale (souvent liée au travail) tout en libérant le maximum de temps pour profiter de toutes les choses que la vie peut nous offrir. Il ne s’agira bien sûr pas de créer des Homo Informaticus collés à leurs ordinateurs, mais au contraire d’offrir la liberté à chacun de vivre sa vie, cette liberté que l’Homo Sapiens Sapiens à mis tellement de sueur à acquérir et qui régresse de par l’organisation nouvelle d’une société axée uniquement sur une performance illusoire et décorrélée totalement de la réalité du progrès.
L’année 2010 fut pour nous l’année de tous les rêves. C’est en tout cas ce qui était écrit sur notre carte de voeux. L’année 2011 sera l’année du retour aux sources, un rêve idéaliste que nous devrons d’abord expliquer, avant d’en faire participer d’autres à celui-ci. Le retour aux sources signifie aussi ne pas oublier que le bien de chaque individu, notre égoïsme, passe par le bien de tous.